ENTRETIEN AVEC MGR BRAZ DE AVIZ : « NOUS SOMMES APPELÉS À ÊTRE DES FRÈRES ET DES SOEURS DANS L’ÉGLISE »

Jan 12, 2011 No Comments by

À cause de son intérêt nous vous offrons la traduction de l’interview du nouveau Préfet de la CIVCSVA, Mgr Joâo Braz de Aviz, réalisé par John Allen, Jr., pour le National Catholic Reporter.

Quand avez-vous appris votre nomination ? Quand débutera votre travail ?

J’ai appris ma nomination le 14 décembre. J’étais chez moi, lorsque le Cardinal Bertone, Secrétaire d’État, m’appela pour me le communiquer. Mon plan c’est de me rendre à Rome vers la mi-février, mais les détails précis ne sont pas encore fixés avec Rome. J’ai besoin de quelque temps pour terminer quelques affaires dans mon archidiocèse.

Vous ne provenez pas d’un ordre religieux. Avez-vous une expérience de vie religieuse ?

J’ai été membre d’un petit séminaire, ici au Brésil, à Assis, sous la direction d’un ordre appelé Institut Pontifical pour les Missions à l’Étranger, le Pères « PIME » de Milan. J’y étais séminariste diocésain de 1958 à 1964 recevant  de leur part une éducation merveilleuse. J’ai en outre entretenu de nombreux contacts avec des religieux et des religieuses par l’intermédiaire du mouvement des Focolari, qui ont une section pour les ordres religieux. J’ai eu une amitié longue et très profonde avec les Focolari.

Comment s’est-elle développée, cette amitié avec le Focolari ?

Quand j’avais 16 ans, vous le croirait ou pas, un peintre cubiste, qui en faisait partie, est venu faire une conférence à notre séminaire. Et depuis lors j’en suis resté tout simplement amoureux. Ce fut un moment important pour moi, car en ce temps-là commençaient à pointer les grandes idéologies au Brésil. La théologie de la Libération était en train de naître, avec la préoccupation, incroyablement belle, des pauvres, mais qui était aussi parfois lourdement idéologique. Les jeunes, nous nous sentions très attirés par elle et les Focolari m’ont donné le sens correct de l’équilibre.

Beaucoup disent la même chose sur la Communauté de San Egidio –qui a aussi une « option préférentielle pour les pauvres », mais il s’agit d’une option de foi et non idéologique.

C’est exact. Je suis aussi ami de la Communauté de San Egidio.

Les Brésiliens disent que vous ne partez pas à votre travail dans le Vatican avec un agenda dense mais avec la volonté d’apprendre. Est-ce vrai ?

Je crois que c’est bien exprimé. C’est ce que je dis aux gens ces jours-ci. D’abord, je n’ai pas le sens du carriérisme, je ne vois cela comme une promotion personnelle. Au fond de mon cœur je vois cela comme un service au Saint Père et à l’Église. Nous sommes appelés à être des frères et des sœurs dans l’Église, et pour cela nous devons donner de nous-mêmes dans le service.

Je dois avouer en outre, que je ne connais pas beaucoup la Congrégation dans laquelle je suis appelé à travailler et donc j’ai, pour cette raison, beaucoup à apprendre. Je dois cheminer avec ceux qui sont déjà là, avec les gens qui connaissent très bien ce terrain, parce qu’il s’agit d’une aire énorme et très spécialisée. J’ai bien l’impression que le Saint Père est satisfait du travail qu’on y fait. C’est pourquoi je ne crois pas avoir été élu pour faire des changements dramatiques dans l’immédiat. Étant donné qu’il n’y a pas de Brésilien dans un poste important, je pense que j’ai été élu en partie parce que le Saint Père veut avoir un Brésilien au Vatican.

Quelques observateurs ont parlé d’une « crise » dans la vie religieuse depuis le Vatican II. La voyez-vous ?

Il y a certainement, je pense, des signes de difficultés, la diminution des vocations par exemple. Beaucoup d’ordres, beaucoup de Congrégations, ont vu une diminution significative de vocations. Nous devons être attentifs à ce qui arrive, nous devons nous efforcer pour comprendre quels sont les problèmes.

Nous devons aussi reconnaître que les grands changements de notre temps affectent la vie religieuse. Nous vivons dans un monde très différent de celui où nous avons grandi. La globalisation, par exemple,  est une réalité que nous n’avons pas réussi à maîtriser de manière effective. Du moment qu’il y a tant d’autres chose qui promettent le bonheur, nous devons nous demander comment un engagement fort de consécration à Dieu peut rendre heureux les hommes et les femmes de notre monde.

La question que Vatican II voulait poser aux ordres religieux reste toujours valable : La lumière, l’inspiration que Dieu accorda au Fondateur de l’ordre, est-elle encore aujourd’hui  une force vive? De quoi a-t-elle besoin pour que le noyau de cette inspiration pénètre ce monde nouveau, de telle façon que l’ordre puisse demeurer fidèle à la lumière qui brille depuis le Fondateur ?

Par de-là la crise, voyez-vous aussi des signes d’espérance pour la vie religieuse ?

Il y en a tellement ! Chaque charisme donné à l’Église est une semence de la Parole, donnée à un moment particulier dans le temps. Il est nécessaire, me semble-t-il, de les accompagner pour les aider à durer et à grandir, les accompagner non avec autoritarisme mais avec miséricorde et fidélité.

D’aucuns disent que de nombreux ordres religieux sont devenus depuis Vatican II trop « progressistes ». Quel est votre manière de voir à ce sujet ?

Je dirais que beaucoup ont essayé de chercher une nouvelle lumière, une façon nouvelle de répondre aux circonstances changeantes, et cela est bon. Parfois, cependant, c’est mon impression,  on ne prête  pas beaucoup d’attention aux orientations du Saint Père sur la manière de mener cela à bien. Je me souviens que le Cardinal Gantin vint au Brésil en 1980 pour donner quelques orientations au comité doctrinal de la conférence épiscopal sur la théologie de la libération. Les évêques les accueillirent très bien, mais ce ne fut pas toujours le cas chez les théologiens. Je crois que nous avons besoin des orientations du Saint Père, et que nous devons les regarder non comme une imposition de l’autorité mais comme une certaine lumière qui nous aide à percevoir ce que Dieu est en train de nous demander. Si nous n’avons pas cette vision, nous nous figeons facilement dans nos propres circonstances individuelles et nous perdons un contexte plus large.

Connaissez-vous les États-Unis ?

Non. Je comprends très peu l’anglais et ne suis jamais allé au États-Unis.

Êtes-vous au courant de la Visite Apostolique aux religieuses des États-Unis ?

J’en suis au courant, parce que j’ai parlé récemment avec Mère Clare Millea, la Sœur américaine qui est en charge de cette visite. Elle va venir me voir ici, à Brasilia un de ces jours, parce qu’elle veut aussi que nous parlions sur sa congrégation [La Congrégation des Apôtres du Sacré Cœur]. Mais, à par cela, je n’y connais pas grande chose.

Êtes-vous conscient que beaucoup de Sœurs aux États-Unis sont préoccupées parce que, pour elles, la manière de procéder semble « secrète » et quelles n’auront pas la possibilité de répondre aux conclusions quelles qu’elles soient ?

Je l’ai entendu de la part de la Sœur qui a parlé avec moi. Je n’ai rien lu d’autre à ce sujet. J’aurai donc à me renseigner lorsque j’arriverai à la Congrégation à Rome

Êtes-vous ouvert à la possibilité de parler avec les Sœurs américaines sur la question, comment en faire une expérience constructive ?

Bien sûr. Ce que le Saint Père souhaite c’est la fidélité à la vie consacrée, mais nous devons aussi engager le dialogue avec le monde et avec tout ce que les religieuses s’efforcent de mener à bien. Je dirais que le « secret » ne constitue pas l’esprit de cette intervention. Vous le savez, lorsque une autorité supérieure intervient dans l’Église, elle le fait parce qu’elle a une responsabilité, une mission à accomplir. Mais souvent il y a un problème de confiance. Je veux créer de la confiance ; j’y crois beaucoup. Nous devons dépasser  cette vision où on est des ennemis les uns des autres, en croyant que « l’autre » est loin de Dieu ou qu’il est une menace pour moi.

Cette manière de voir je l’ai apprise des Focolari. Ils m’ont appris que nous devons essayer toujours de comprendre le chemin où l’autre avance, comment il voit les choses, et nous en instruire. Il est très importent ce qu’il y de bien dans ce que l’autre croit et sent, ne pas le condamner ni le détruire. C’est un esprit d’unité que nous avons à construire ensemble. Pour moi il n’y a pas d’autre chemin. Dit soit en passant, ici au Brésil, j’ai une relation excellente avec les religieux, même avec la coordination nationale pour les ordres religieux.

Alors, le dialogue avec les religieuses des États-Unis, est ouvert ?

Oui. Je veux apprendre d’elles, cheminer avec elles. Il est nécessaire de voir les personnes, les connaître. Cela aide à surmonter les problèmes. Je dirais la même chose sur les abus sexuels que nous avons vécus les dernières années. Nous devons avoir le souci de la sainteté de l’Église, mais nous devons aussi être très proches de ceux qui ont été blessés, des victimes. Cela me passionne.

Connaissez-vous l’Archevêque Joseph Tobin, le Secrétaire de la Congrégation ?

Non. Je n’ai pas encore parlé avec lui.

Il y a, bien sûr, du travail dans ce domaine, mais comment décririez-vous votre vision sur la vie religieuse ?

Je l’exposerais simplement ainsi : chaque Congrégation, chaque ordre est dans l’Église comme une belle fleur. Ensemble elles forment un jardin et nous devons avoir le souci non seulement de chaque fleur mais aussi du jardin dans son ensemble. Quelle relation y a-t-il entre les différents charismes ? Ont-elles, ces belles fleurs, la capacité de voir la beauté dans les autres ? Pour que ce jardin soit bienfaisant, les fleurs doivent pousser ensemble. C’est une autre manière de parler au sujet de l’équilibre entre unité et diversité, quelque chose difficile à réussir dans une culture individualiste où tous veulent que leur manière de voir les choses régisse tout. Nous devons, au contraire, être gouvernés par la règle de la charité et cela est, à mon avis, quelque chose que nous avons à redécouvrir dans l’Église.

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