Les défis de la vie consacrée en Asie

Mar 23, 2012 No Comments by

Le Père Général des jésuites a visité au cours de ces derniers mois le Vietnam et l’Australie (en janvier), et trois Provinces dans une des régions « tribales » de l’Inde : Jamshedpur, Ranchi et Hazaribag (en février). Nous lui avons posé quelques questions à son retour. Voici ses réponses.

Vous vous êtes rendu deux fois en Asie au cours des derniers mois, pour l’Assemblée de la Conférence des Provinciaux d’Asie Pacifique (en Australie) et pour celle de l’Asie Méridionale (en Inde). Deux parties du monde très différentes. Pourriez-vous nous dire brièvement vos sentiments à propos de ces deux régions ? 

Il est impossible de répondre brièvement à cette question. Avant la visite, je pensais que le nombre et la diversité des pays et des cultures d’Asie-Pacifique rendaient impossible toute espèce d’uniformité, et que nous aurions à accepter la diversité comme une règle. Après avoir visité les trois Provinces indiennes de ce qu’on appelle la « ceinture tribale » de l’Inde, je dois étendre au sous-continent indien ce que j’ai observé en Asie Orientale. Aucun stéréotype ne peut rendre justice à la réalité riche et diverse des peuples et de leurs cultures. C’est une expérience vraiment extraordinaire, qui me confirme la nécessité de la recherche et de l’étude sur les différents peuples et leurs manières de vivre, avec beaucoup de respect et d’amour  pour leurs styles de vie si différents.

Au cours de votre voyage vers l’Australie, vous vous êtes arrêté pendant quelques jours au Vietnam. Quelles impressions avez-vous retirées de votre visite à cette jeune Province ? 

Que les jésuites du Vietnam ont de grands défis à relever. Qu’ils vivent un moment de grande créativité en ce qui regarde la vie de l’Eglise, le style et les structures de la vie religieuse, l’incarnation vietnamienne de l’Evangile et de la spiritualité ignatienne, qui est une des manières d’accueillir, d’incarner et de vivre l’Evangile dans l’Eglise. Mon espoir est qu’ils soient assez courageux pour vivre l’Evangile dans sa radicalité et suffisamment réfléchis pour le faire de manière à devenir stimulants pour la communauté chrétienne et pour tout le Vietnam. J’attends beaucoup de cette jeune Province, me basant pour cela sur la façon dont ils ont affronté la souffrance, la guerre et toutes sortes de difficultés dans leur vie de foi, sur la manière dont ils cherchent à communiquer leur foi d’une génération à l’autre ; sur leur extraordinaire capacité d’harmoniser une incroyable gentillesse avec une grande force de conviction personnelle ; etc.

Il y a dans l’Assistance d’Asie-Pacifique bien des pays très différents à tous égards, et parmi eux Timor-Est, le nouvel Etat né après une longue guerre et beaucoup de souffrances. Comment la Compagnie s’y développe-t-elle ? 

Elle s’y développe de façon à devenir de plus en plus « normale ». Le discernement des vocations s’améliore ; les changements nécessaires ont été apportés à la formation ; la Région s’est soumise à une démarche de discernement et de créativité pour ce qui concerne la planification de la nouvelle école ; le Père Mark Raper, actuel supérieur majeur de Timor Est, suit les principaux problèmes des différentes communautés et des divers apostolats et tout indique un avenir plein de promesses.


En quelques mots, quels sont aujourd’hui en Asie les principaux défis pour la Compagnie ? 

D’une part, du fait de la mondialisation des systèmes et des valeurs qui s’opère partout, l’Asie se trouve face aux mêmes défis que nous tous, en matière de sens, de valeurs, de profondeur, de pluralisme, de créativité, etc. D’autre part, l’Asie est la dépositaire privilégiée d’une grande Sagesse, mais qui se trouve elle aussi en danger. Je suis convaincu que la Compagnie ne peut laisser cette menace se développer sans réagir dans un effort ample et résolu et se mettre à l’école des traditions de l’Asie en matière de Sagesse ou de spiritualité, pour le bien de l’Eglise et du monde entier.
Un important défi pour nous jésuites, que nous partageons d’ailleurs avec tous les autres religieux de l’Asie, est d’être assez profonds et cohérents dans notre vie et notre message pour être crédibles, au milieu de traditions qui se caractérisent par la profondeur, la compassion, le détachement et la liberté intérieure. Le seul fait de vivre en Asie comme membres du groupe des « religieux », incite fortement à vivre l’Evangile dans sa plénitude. J’espère que nous ferons face à ce défi, avec toutes ses implications.

Que pouvons-nous apprendre de ce continent, nous « vieux » Européens (je dirais aussi : nous « vieux » jésuites) ? 

Nous avons, nous « vieux » Européens et vieux jésuites, beaucoup à apprendre de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine. Du reste, nous ne sommes pas si vieux que ça : la culture, la sagesse et même la médecine de la Chine sont beaucoup plus vieilles que n’importe quelle prétention européenne d’ancienneté. Les Européens se sont montrés grands sous certains aspects sur la route de l’humanité. Mais nous avons négligé d’autres aspects qui ont été cultivés et développés par des groupes d’hommes dans d’autres parties du monde. Si l’on pense que le progrès humain et le développement doivent suivre le modèle européen comme étant le meilleur, on montre simplement à quel point notre connaissance de l’humanité est peu profonde et manque de sensibilité. Heureusement, je connais des Européens qui approchent avec grand respect les autres traditions, celles de l’Est ou du Sud de notre monde, et qui savent que la meilleure réponse au manque de compréhension, quand cela survient, est le silence.

Service Digital d’Information SJ
Vol. XVI, No. 5 | 20 mars 2012

Vie Consacrée
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