Évangéliser à partir de la vie

Nov 19, 2012 No Comments by

Le frère Emili Turú, Supérieur général de l’Institut des Frères Maristes des Ecoles (FMS – Fratres Maristae a Scholis), parle de sa participation au Synode des Évêques en qualité d’auditeur. Le Synode a eu lieu au Vatican du 7 au 28 octobre 2012 et avait comme thème « La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne ».

Qu’est-ce que vous avez ressenti durant ce Synode qui fut presque un mini-Concile ?
Je crois que c’est une grâce d’avoir pu participer à une rencontre comme celle-là. D’un côté, l’expérience de l’internationalité est très riche, bien qu’elle ne soit pas nouvelle pour moi : je suis membre, depuis 11 ans, du Gouvernement Général d’un Institut présent dans 80 pays sur les cinq continents. Par ailleurs, le Synode offre un vécu ecclésial unique : on peut toucher la richesse de la diversité qu’apportent des évêques provenant de tant de pays. Je dis la même chose de quelques prêtres et représentants de la vie consacrée et du laïcat. Par ailleurs, à un certain moment, nous avons eu une présence œcuménique très importante, à travers les 13 « délégués frères » parmi lesquels on comptait une femme évêque, vice-présidente du Conseil Méthodiste Mondial. Et le Pape, dans une intervention qu’il a prononcée spontanément à la fin du Synode, a qualifié cette Assemblée de « miroir de l’Église universelle », et je crois que c’est ainsi que beaucoup d’entre nous l’avons senti.

Quel est le rôle des auditeurs ?
Les auditeurs sont des personnes invitées au Synode qui, n’étant pas évêques, participent de façon différente. On les invite à s’exprimer à partir de leur propre expérience de vie et, ainsi, ils contribuent à la réflexion avec un autre regard, presqu’avec d’autres points de vue ou perspectives. Comme c’est normal, n’étant pas évêques, ils ne votent pas sur les décisions que prend le Synode.

Vous attirez l’attention sur la présence féminine très minoritaire dans la salle synodale.
En cela aussi le Synode a été le « miroir de l’Église universelle », dans le sens qu’il reflète ce qui arrive au niveau local ou diocésain… Dans la salle synodale, on a parlé du rôle très important que jouent les femmes dans la vie de l’Église, où elles sont majoritaires, mais je crois que nous sommes conscients que la réalité structurelle que nous avons aujourd’hui limite leur participation.

La liberté avec laquelle elles se sont exprimées est aussi surprenante.

Même la configuration de la salle synodale, strictement en ordre hiérarchique, est très imposante, ce qui fait que chacun pense bien à ce qu’il va dire ou ne dira pas… Pour cette raison, il faut mettre en valeur la liberté avec laquelle certaines se sont exprimées, tant dans la salle synodale que dans les groupes linguistiques.

Quelle fut l’intervention qui a eu le plus d’impact ?
Attendez que je me souvienne… par exemple, celle de l’archevêque d’Athènes, justement sur la liberté de l’esprit. Ou celle de l’archevêque de Manille, pour son invitation à l’humilité… Enfin, je pourrais en citer passablement sur différents sujets.
Mais je souligne de manière spéciale l’intervention du Primat de l’Église anglicane qui fut une longue intervention, non limitée aux cinq minutes dont disposaient les participants, et que je considère comme un excellent programme en vue de la nouvelle évangélisation. Une proposition importante, en harmonie avec la sensibilité des hommes et des femmes d’aujourd’hui, et donc très réaliste.

À quoi servent ces réunions si on ne peut pas les mesurer avec des critères objectifs ?
Mon impression est que l’organisation du Synode est orientée sur une réalité : il faut terminer avec une série de documents élaborés. Il s’agit de la réflexion, et par-dessus tout, du message et des propositions soumis au Pape pour l’élaboration de l’Exhortation Apostolique qui en découlera. Tout, donc, est orienté pour arriver à ce travail réalisé à la fin du Synode et, qui plus est, en tenant compte de ce qui a été apporté dans les différentes langues. Je reconnais que le travail d’organisation et de secrétariat est formidable.
Je crois que la méthodologie est conditionnée à ce but, et cela fait que les thèmes sont traités de manière très générale, sans pouvoir réellement les approfondir.

À quoi a servi ce Synode ?
Tout d’abord, il faut dire qu’il a réussi à produire les documents que l’on attendait… mais, surtout, il me semble qu’il a confirmé que la grande majorité de l’épiscopat est en harmonie avec les grandes lignes tracées par Vatican II : une vision optimiste du monde ; l’ouverture au dialogue ; l’Église comme communauté « samaritaine » ; la prépondérance des exclus ; le besoin de commencer l’évangélisation en travaillant sur notre propre conversion, etc. Compte tenu de la situation actuelle de l’Église, je crois que le premier message est en soi positif. Les quelques voix qui résonnent comme « prophètes de malheurs » ne sont pas la majorité, bien qu’on les ait beaucoup entendues.
Je pense que les fruits d’une réunion de ce genre sont davantage liées au processus qui s’ensuit et, je l’ai déjà dit, dans ce cas, tout reste à un niveau passablement général.

Dans le « Message au Peuple de Dieu », espériez-vous quelque chose de plus sur les divorcés remariés ? Le thème n’était pas assez mûr ?
C’est un cas très clair d’un des aspects qui auraient pu être approfondis, bien qu’on le sente clairement comme un cas problématique. La méthodologie a fait qu’il a été traité de façon rapide, et par conséquent, ce qui en est dit est très général.

Quelles attitudes croyez-vous que nous devons avoir pour avancer dans la nouvelle évangélisation ?
Certaines personnes critiquerons le thème même du Synode, spécialement celui de « transmettre la foi », parce qu’il leur semble exclure la dimension de dialogue. Pour moi, par contre, il me paraît un terme évocateur, parce qu’il me semble que l’on évangélise principalement par « contagion »… Évangéliser par la vie et, le cas échéant, par la parole. Par conséquent, je crois que la première chose est de se laisser évangéliser soi-même par l’Esprit Saint…
Par ailleurs, une attitude que bien des participants au Synode ont rappelée a été l’humilité, qui se traduit par la capacité de se taire et d’écouter attentivement, attitudes fondamentales pour un dialogue véritable. De plus, accepter nos propres vulnérabilités et être capables de reconnaître nos erreurs. Je soulignerais aussi le besoin de créativité. Il est intéressant que dans l’ Instrumentum laboris, le mot créativité n’apparaît jamais… en parlant d’une évangélisation qui doit se faire NEUVE ! Une assemblée aussi universelle et aussi diverse ne peut donner de formules valables pour tout le monde; aussi je crois que la créativité doit se faire au niveau local.

En Occident, les écoles catholiques sont devenues presque l’unique lieu où les jeunes générations entrent en contact avec la foi et la praxis religieuse…
L’évêque Drennan, de Nouvelle Zélande, a dit dans la salle synodale que les pays sécularisés qui comptent un réseau d’institutions éducatives catholiques, celles-ci sont devenues « les premières communautés de foi ». Il disait que c’est là que la majorité des baptisés rencontrent, pour la première fois et de façon systématique, la personne de Jésus, la prière, la liturgie et la vie sacramentelle de l’Église. Et il ajoutait : « Les professeurs, davantage que les parents, sont devenus, dans bien des cas, les premiers formateurs de la foi de nos jeunes. »
C’est le même qui a dit une phrase qui, par la suite, s’est retrouvé dans une des propositions : « Les écoles catholiques ne sont pas des produits mais des agents de la mission de l’Église. »
En effet, peut-être que plusieurs familles ne s’approchent jamais d’une paroisse, pour différentes raisons, mais, par contre, elles nous confient l’éducation de leurs enfants, généralement pleines de bonne volonté et avec une attitude d’ouverture. C’est une grande responsabilité et, conséquemment, un devoir énorme.

Quelles sont vos « recettes » pour entrer en contact de nouveau avec les jeunes ?

L’image qui a ouvert le Message du Synode est excellente : le dialogue de Jésus avec la Samaritaine. Cette image me semble introduire une série d’attitudes fondamentales : se sentir de leur côté, ce qui signifie perdre du temps avec eux ; écouter avec un authentique intérêt, dans un dialogue qui part de la vie réelle ; un accueil inconditionnel, sans juger ni condamner ; les inviter à confronter leur propre vie et réfléchir sur ce qu’elle est en train de devenir, sans offrir des réponses préfabriquées… Jésus rencontre une personne marginale, parce qu’elle est femme, parce qu’elle est pécheresse et parce qu’elle est Samaritaine, et l’accueil inconditionnel de Jésus fait que surgit une « évangélisatrice » qui s’en va annoncer la nouvelle de Jésus à ceux de son milieu.

Le fait que les Maristes, que vous dirigez, sont des frères : cette réalité peut-il les rendre plus capables d’entrer en contact avec les gens ?
Durant le Synode, chaque fois que l’on nommait quelqu’un, on utilisait tous ces titres comme « Éminentissime », « Excellentissime », « Révérend »… Par contre, j’ai été enchanté que pour les « frères », on n’a utilisé aucune addition : ce fut le cas pour le prieur de Taizé, et aussi pour le F. Alvaro, Supérieur Général de la Salle, et pour moi-même.
Le mot « frère » indique une relation horizontale entre égaux. Ceci me paraît prophétique, tant dans notre société que dans l’Église, où parfois on donne dans un certain cléricalisme, comme certains membres du Synode l’ont reconnu.
De plus, dans notre cas comme Maristes, nous nous sentons appelés à participer à la formation du « visage marial de l’Église », ce qui signifie que nous contribuons à la vie de l’Église non seulement par ce que nous faisons, mais surtout par ce que nous sommes.

Quelques idées

  • Je crois que c’est une grâce d’avoir pu participer à une telle rencontre.
  • On peut toucher la richesse de la diversité qu’apportent les évêques venant de tant de pays.
  • La réalité structurale que nous avons aujourd’hui limite la participation des femmes.
  • Il faut valoriser la liberté avec laquelle certains se sont exprimés.
  • L’intervention du Primat de l’Église anglicane fut un excellent programme pour la nouvelle évangélisation.
  • À cause de la méthodologie, les thèmes ont été abordés de manière très générale, sans pouvoir les approfondir réellement.
  • Le Synode a confirmé que la grande majorité de l’épiscopat est en harmonie avec les lignes maîtresses tracées par le Concile Vatican II.
  • Quelques voix ont résonné comme « prophètes de malheurs », mais ce n’est pas la majorité, bien qu’on les ait beaucoup entendues.
  • On évangélise surtout par « contagion »… Évangéliser par la vie.
  • Je mettrais aussi en évidence le besoin de créativité.
  • Beaucoup de familles ne s’approchent jamais d’une paroisse mais, par contre, elles nous confient l’éducation de leurs enfants.
  • Avec les jeunes, accueil inconditionnel, sans juger ni condamner.
  • Le mot « frère » indique une relation horizontale entre égaux. Ceci me paraît prophétique, tant dans notre société que dans l’Église.


Cette entrevue fut réalisée par José Manuel Vidal et publiée le 29 octobre 2012 dans periodistadigital.com, en espagnol.


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