Tous au service du même Évangile

Jan 29, 2015 No Comments by

Cité du Vatican, 25 janvier 2015 (VIS). La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens s’est conclue hier soir, en la solennité de la conversion de saint Paul, par la célébration des deuxièmes vêpres en la basilique romaine St.Paul-hors-les-murs. Comme de coutume, des représentants d’autres Églises et communautés ecclésiales présentes à Rome ont pris part à la cérémonie présidée par le Pape à 17 h 30’. Voici l’homélie du Pape François.

« En voyage de la Judée vers la Galilée, Jésus traverse la Samarie. Il n’a pas de difficulté à rencontrer les samaritains jugés hérétiques, schismatiques, séparés des juifs. Son attitude nous dit que la confrontation avec celui qui est différent de nous peut nous faire grandir. Fatigué par le voyage, il n’hésite pas à demander à boire à une samaritaine. Cependant, sa soif va bien au-delà de la soif physique car elle est aussi soif de rencontre, désir d’ouvrir un dialogue en offrant à cette personne la possibilité d’un chemin de conversion intérieure. Jésus est patient, il respecte la personne qui est devant lui, il se révèle à elle progressivement. Son exemple encourage à chercher une confrontation sereine avec l’autre. Pour se comprendre et grandir dans la charité et dans la vérité, il faut s’arrêter, s’accueillir et s’écouter. De cette manière, on commence déjà à expérimenter l’unité qui se bâtit en marchant. La femme de Sykar interroge Jésus sur le véritable lieu de l’adoration de Dieu. Jésus ne prend pas position en faveur de la montagne ou du temple, mais il va à l’essentiel, faisant tomber chaque mur de séparation. Il renvoie à la vérité de l’adoration : Dieu est Esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. Beaucoup de controverses entre chrétiens, héritées du passé, peuvent être dépassées en mettant de côté polémique ou apologétique, en cherchant ensemble à accueillir en profondeur ce qui nous unit, c’est à dire l’appel à participer au mystère d’amour du Père révélé à nous par le Fils dans l’Esprit. L’unité des chrétiens ne sera pas le fruit des discussions théoriques raffinées dans lesquelles chacun tentera de convaincre l’autre du bien-fondé de ses propres opinions. Lorsque viendra le Fils de l’Homme, nous trouvera-t-il encore en discussion. Nous devons reconnaître que pour parvenir à la profondeur du mystère de Dieu, nous avons besoin les uns des autres, de nous rencontrer et de nous confronter sous la conduite de l’Esprit, qui harmonise et réconcilie les diversités et dépasse les conflits.

Progressivement, la samaritaine comprend que celui qui lui a demandé à boire est à même de la désaltérer. Jésus se présente à elle comme la source d’où jaillit l’eau vive qui étanche pour toujours sa soif. L’existence humaine révèle des aspirations profondes, comme la recherche de vérité, la soif d’amour, de justice et de liberté. Ce sont des désirs satisfaits seulement en partie, parce que du fond de son être, l’homme se meut vers un plus, un absolu capable d’étancher sa soif de façon définitive. La réponse à ces aspirations est donnée par Dieu en Jésus-Christ, dans son mystère pascal. Du côté transpercé de Jésus ont jailli du sang et de l’eau. Il est de fait la source d’où jaillit l’eau de l’Esprit, c’est-à-dire l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs au jour du baptême. Par l’œuvre de l’Esprit nous sommes devenus uns avec le Christ, fils dans le Fils, vrais adorateurs du Père. Ce mystère d’amour est la raison la plus profonde de l’unité qui relie tous les chrétiens et qui est beaucoup plus grande que les divisions survenues au cours de l’histoire. Pour ce motif, dans la mesure où nous nous approchons avec humilité du Seigneur Jésus Christ, nous nous rapprochons aussi entre nous.

La rencontre avec Jésus transforme la samaritaine en une missionnaire. Ayant reçu un don plus grand et plus important que l’eau du puits, la femme laisse là sa cruche et elle court raconter à ses compatriotes qu’elle a rencontré le Christ. La rencontre avec lui lui a rendu le sens et la joie de vivre, et elle sent le désir de le communiquer. Aujourd’hui, il existe une multitude d’hommes et de femmes fatigués et assoiffés, qui nous demandent, à nous chrétiens, de leur donner à boire. C’est une demande à laquelle on ne peut se soustraire. Dans l’appel à être des évangélisateurs, toutes les Églises et communautés ecclésiales trouvent un cadre essentiel pour une collaboration plus étroite. Pour pouvoir remplir efficacement une telle tâche, il faut éviter de se renfermer dans ses propres particularismes et exclusivismes, comme aussi d’imposer une uniformité selon des plans purement humains. L’engagement commun à annoncer l’Évangile permet de dépasser toute forme de prosélytisme et la tentation de compétition. Nous sommes tous au service de l’unique et même Évangile ! En ce moment de prière pour l’unité nous devons nous souvenir de nos martyrs présents. Ils témoignent du Seigneur et sont persécutés voire tués en tant que chrétiens, et sans que leurs bourreaux fasse une distinction de confession. Ils sont agressés car chrétiens. Avec ces frères et ces sœurs, nous avons l’œcuménisme du sang ».

Saluant ensuite les diverses autorités œcuméniques, ainsi que les membres de la Commission mixte pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et les Églises orthodoxes orientales, il a souhaité à tous un travail fructueux : « Je salue aussi les étudiants de l’Ecumenical Institute of Bossey et les jeunes qui bénéficient de bourses d’étude offertes par le Comité de collaboration culturelle avec les Églises orthodoxes près le Conseil pour l’unité. Puis il s’est adressé aux religieux et religieuses des différentes Églises et communautés ecclésiales, qui venaient de participer à un Colloque œcuménique, organisé par la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique et le Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, à l’occasion de l’Année de la vie consacrée : « La vie religieuse comme prophétie du monde à venir est appelée à offrir en notre temps, le témoignage de cette communion dans le Christ qui va au-delà de chaque différence, et qui est faite de choix concrets d’accueil et de dialogue. Et donc, la recherche de l’unité des chrétiens ne peut être l’apanage seulement de quelques personnes ou communautés religieuses particulièrement sensibles à cette problématique. La connaissance réciproque des différentes traditions de vie consacrée et un échange fécond d’expériences peut être utile pour la vitalité de chaque forme de vie religieuse dans les diverses Églises et communautés ecclésiales. Nous qui sommes assoiffés de paix et de fraternité, invoquons avec un cœur confiant le Père céleste, par Jésus-Christ l’unique prêtre et par l’intercession de la Vierge Marie, de l’apôtre Paul et de tous les saints, le don de la pleine communion de tous les chrétiens, afin que puisse resplendir le mystère sacré de l’unité de l’Église ».

Actualités, S4
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